Qui est Franck Thivilier ?

Franck Thivilier: de la formation française au développement du football saoudien

Profile

Role: Directeur de la Performance de la Fédération saoudienne de football (SAFF)

Specialisation: Formation des entraîneurs, méthodologie et performance

Experience: Fédération Française de Football, UEFA, FIFA/AFC et Fédération saoudienne de football

Focus Areas: Formation des entraîneurs, recherche, développement international, football féminin et performance mentale

Après vingt-sept années au sein de la Fédération Française de Football, Franck Thivilier poursuit aujourd’hui son parcours en Arabie saoudite comme Directeur de la Performance de la Fédération saoudienne de football (SAFF).

Passé par le centre de formation de l’Olympique Lyonnais et les sélections de jeunes, puis joueur en National pendant une douzaine d’années, il s’oriente très tôt vers la transmission : dans presque tous les clubs où il évolue, il finit par encadrer les jeunes. En 1997, il intègre les structures techniques fédérales comme adjoint du conseiller technique départemental de la Corrèze. Il devient ensuite conseiller technique départemental dans la Loire, puis responsable de la formation des entraîneurs à la Ligue Rhône-Alpes.

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En 2008, il pilote le groupe de travail national chargé de réformer la formation des entraîneurs. Conseiller technique national à la DTN en 2012, il devient ensuite entraîneur national, puis Directeur Technique National Adjoint en charge de la recherche, de l’enseignement et du développement international. Son équipe forme chaque année près de 50 000 éducateurs et plus de 2 000 professionnels. Il accompagne notamment des promotions du BEPF, dont celle de Zinédine Zidane, et représente la FFF pendant plus de dix ans auprès de l’UEFA. Il porte le passage d’une logique de diplôme à une logique de compétences, ainsi que l’entrée des sciences humaines dans la formation. En 2022, il crée le Centre de recherche de la FFF pour rapprocher la science du terrain.

Pour Thivilier, la performance ne se limite pas aux dimensions technique, tactique et physique. Il la conçoit comme un système reposant sur trois forces souvent invisibles : l’environnement dans lequel évolue l’individu, le climat relationnel qu’on y respire et le récit collectif qui donne du sens à l’effort. Plutôt que de rendre l’individu plus résistant face à son environnement, il s’agit selon lui de rendre l’environnement plus nourrissant pour l’individu. À l’échelle d’une fédération, cette culture exige de la continuité, de la cohérence, un investissement dans les formateurs et le respect du contexte culturel : ce qui fonctionne à Clairefontaine ne fonctionne pas nécessairement à Riyad, et inversement.

En 2024, après une période de coopération avec la Fédération saoudienne, il rejoint la SAFF à temps plein. Il y pilote la formation des entraîneurs et la mise en place d’un dispositif de performance. Il travaille également sur la méthodologie et les projets internationaux, intervient au sein des centres d’entraînement féminins et est devenu instructeur AFC.

Parallèlement, Thivilier prépare son premier livre, un « livre-outil » destiné aux entraîneurs, aux formateurs et aux managers. Il y aborde l’entraînement et la pédagogie sous des angles encore peu explorés dans le football : la manière dont un environnement conditionne l’apprentissage avant même que la consigne soit donnée, la place de l’intuition dans la décision, et les interactions invisibles entre un entraîneur et son groupe. Son objectif : aider chacun à mieux faire grandir ceux dont il a la responsabilité.

Key Insights

  • La performance dépend autant de l’environnement et du climat relationnel que des dimensions technique, tactique et physique.
  • La formation des entraîneurs est passée d’une logique de diplôme à une logique de compétences contextualisées.
  • Une culture de la performance durable exige continuité, cohérence, investissement dans les formateurs et respect du contexte culturel.

Notre interview exclusive avec Franck Thivilier


Comment votre parcours dans le football a-t-il commencé?

Comme beaucoup, par le terrain et par la passion. J’ai d’abord joué en clubs amateurs, puis au centre de formation de l’Olympique Lyonnais, avant d’évoluer une douzaine d’années en National, la troisième division française.

Mais très tôt, pendant que je jouais encore, l’envie de transmettre a pris le dessus. Dans pratiquement tous les clubs où je suis passé, j’ai fini par encadrer les jeunes. Je n’avais pas le sentiment de faire deux métiers : le soir où j’entraînais des U15, j’apprenais autant que le week-end où je jouais. Cette bascule du joueur vers l’éducateur, je l’ai donc vécue comme une évidence plus que comme une reconversion. Ce qui m’intéressait, ce n’était pas seulement de jouer, c’était de comprendre pourquoi un groupe progresse ou stagne, pourquoi un joueur se révèle ou s’éteint.

Mon entrée dans le football institutionnel s’est faite en Corrèze, comme adjoint d’un conseiller technique départemental. Un poste de terrain, modeste et polyvalent : de la détection de jeunes joueurs, de la formation d’éducateurs bénévoles, de développement du football d’animation au sein d’un département. Avec le recul, je mesure la chance que cela représente. On y apprend le football tel qu’il est vécu par l’immense majorité des gens, avant d’en voir le sommet.

Toute ma trajectoire s’est construite sur cette base-là, et sur une conviction qui ne m’a jamais quitté : la qualité d’un système se juge autant à ce qu’il produit en bas qu’à ce qu’il célèbre en haut.

Franck Thivilier porte la tenue de la Fédération saoudienne de football lors d’un rassemblement professionnel.
Franck Thivilier a consacré son parcours à la formation, au développement des entraîneurs et à la performance collective.

Toute ma trajectoire s’est construite sur cette base-là, et sur une conviction qui ne m’a jamais quitté : la qualité d’un système se juge autant à ce qu’il produit en bas qu’à ce qu’il célèbre en haut.


Après près de trois décennies à la FFF, pourquoi avez-vous choisi de rejoindre la Fédération saoudienne et quelles sont aujourd’hui vos principales missions ?

Le lien existait déjà. Lorsque j’étais à la FFF, en charge de la formation des entraîneurs, de la recherche et du développement international, j’avais signé un contrat de coopération avec l’Arabie saoudite pour accompagner le développement de la formation des entraîneurs dans le pays. Après un an et demi de collaboration, la Fédération m’a proposé de la rejoindre à temps plein.

Je connaissais déjà l’environnement, je travaillais au quotidien avec les équipes sur place et des liens forts s’étaient créés. Après vingt-sept ans à la Fédération, où j’ai eu la chance de mener de nombreux projets, c’était aussi l’occasion de donner une nouvelle trajectoire à mon parcours. L’aventure humaine et professionnelle avait tout pour me séduire.

Aujourd’hui, en tant que directeur de la performance, mon rôle est d’organiser et de structurer l’ensemble du dispositif de formation des entraîneurs, ainsi que les aspects méthodologiques. J’ai notamment beaucoup travaillé avec le football féminin, sur la méthodologie et la mise en place des programmes d’entraînement dans les centres de formation féminins. Je participe également à certaines actions internationales de la Fédération : l’an dernier, je me suis rendu en Algérie et j’ai accueilli plusieurs délégations dans le cadre de projets de coopération.

Franck Thivilier échange avec un membre du staff de la Fédération saoudienne de football sur le terrain.
Franck Thivilier échange avec un collègue lors d’une séance de travail en Arabie saoudite. La collaboration occupe une place centrale dans son approche de la performance.

Vous avez commencé votre carrière comme éducateur et responsable technique. Depuis vos débuts sur le terrain, comment avez-vous vu évoluer le football et le métier d’entraîneur?

Le changement le plus spectaculaire est sans doute la professionnalisation de l’environnement autour de l’entraîneur. À mes débuts, un entraîneur était souvent seul, ou presque: il décidait, il conduisait, il assumait.

Aujourd’hui, il pilote un staff élargi – préparation physique, analyse vidéo, data, nutrition, santé mentale, cellule de recrutement. Son métier a changé de nature : il est passé d’homme de terrain à chef d’orchestre.

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La deuxième évolution, c’est l’accélération. Le jeu est plus rapide, mais surtout le temps social l’est aussi: un entraîneur est jugé en continu, sur les réseaux, à chaque match, parfois à chaque décision. La durée de vie moyenne d’un entraîneur professionnel s’est effondrée, ce qui crée un paradoxe redoutable : on demande à ces hommes et ces femmes de construire du long terme dans un écosystème qui ne leur accorde que du court terme.

Et puis il y a une évolution plus silencieuse, celle qui m’intéresse le plus : on ne peut plus diriger aujourd’hui comme on dirigeait il y a vingt-cinq ans. Les jeunes générations n’obéissent pas à l’autorité statutaire, elles adhèrent à la cohérence. L’entraîneur doit désormais justifier, expliquer, embarquer. C’est plus exigeant et, je le crois, plus intéressant.


Après plusieurs années à la FFF, d’abord comme entraîneur national puis comme Directeur Technique National Adjoint. Quelles ont été les principales évolutions de la formation des entraîneurs en France pendant cette période ?

Ces vingt-sept années à la FFF m’ont permis de voir la formation des entraîneurs changer de paradigme, et pas seulement de programme.

Première évolution : le passage d’une logique de diplôme à une logique de compétences. On a longtemps formé en transmettant un contenu et en vérifiant qu’il avait été restitué. On forme aujourd’hui en observant un entraîneur dans son contexte réel, en l’accompagnant dans la durée, en travaillant sur ce qu’il fait autant que sur ce qu’il sait.

Deuxième évolution : l’harmonisation européenne. La convention des entraîneurs de l’UEFA a structuré un cadre commun, lisible, exigeant, qui a considérablement élevé le niveau d’attente et ouvert la mobilité des entraîneurs.

Troisième évolution : l’entrée des sciences humaines dans le champ de la formation. Pendant longtemps, on formait des techniciens du jeu. On a progressivement admis qu’un entraîneur est d’abord un manager d’êtres humains, et que le leadership, la communication, la connaissance de soi ne sont pas des suppléments d’âme mais des compétences centrales.

Lorsque j’ai créé le Centre de recherche de la FFF en 2022, il s’inscrivait exactement dans cette conviction : adosser la formation à la preuve, sans jamais perdre le lien avec le terrain.


Vous avez également beaucoup travaillé sur l’optimisation de la performance mentale. Quelle place la dimension mentale doit-elle aujourd’hui occuper dans la formation des joueurs et des entraîneurs ?

Arsène Wenger m’a dit un jour une phrase que je cite souvent : « Aujourd’hui, on sait presque tout de l’orteil à l’épaule, mais pas grand-chose de l’épaule au sommet du crâne. » Tout est là.

Nous avons investi massivement dans le corps, très peu dans ce qui le commande. Mais je voudrais nuancer la façon dont on pose la question. On réduit trop souvent la dimension mentale à une boîte à outils individuelle – visualisation, gestion du stress, respiration. Ces outils ont leur valeur, mais ils traitent l’individu comme une unité à renforcer, indépendamment du système dans lequel il évolue. C’est une approche curative et ponctuelle.

Ma conviction est différente. Ce qui détermine massivement l’état mental d’un joueur ou d’un entraîneur, ce sont trois choses très concrètes : l’environnement dans lequel il vit au quotidien, le climat relationnel qu’on respire, et le récit collectif qui donne du sens à l’effort. Ces trois forces agissent en permanence, la plupart du temps à l’insu de tous. Et plus une influence est subtile, plus son effet est profond – les travaux sur l’influence non consciente, de Bargh à Kahneman, le documentent solidement.

Autrement dit : plutôt que de chercher à rendre l’individu plus résistant face à son environnement, je crois qu’il faut rendre l’environnement plus nourrissant pour l’individu. C’est un renversement de perspective, et il change tout dans la manière de concevoir une formation.

Franck Thivilier observe une séance sur le terrain dans le cadre de son travail en Arabie saoudite.
Franck Thivilier observe une séance depuis le bord du terrain. Son approche associe méthodologie, analyse et compréhension de l’environnement humain.

Autrement dit : plutôt que de chercher à rendre l’individu plus résistant face à son environnement, je crois qu’il faut rendre l’environnement plus nourrissant pour l’individu.


Avec votre expérience en France, à l’UEFA, à la FIFA/AFC et désormais en Arabie saoudite, quels sont selon vous les éléments indispensables pour construire durablement une culture de la performance au sein d’une fédération ?

J’en retiens quatre. La continuité. Une culture ne se décrète pas, elle se dépose. Il faut du temps, et donc une vision qui survive aux mandats et aux changements de direction. C’est la difficulté majeure des institutions sportives : les cycles politiques sont courts, les cycles de développement humain sont longs. La cohérence. C’est pour moi le mot-clé. Une fédération peut afficher les plus beaux principes de jeu et valeurs du monde : s’ils ne se retrouvent pas dans la formation des éducateurs, dans les critères de sélection, dans l’aménagement des lieux d’entraînement et dans le discours tenu publiquement, ils ne produiront rien. La force d’un système vient de l’harmonie entre ses éléments, pas de la qualité isolée de chacun.

L’investissement dans les formateurs. Former un entraîneur, c’est influencé des centaines de carrières de joueurs. C’est l’endroit du levier maximal, et c’est souvent le budget qu’on protège le moins.

Le respect du contexte culturel. C’est une leçon que l’Arabie saoudite m’a apprise, et qui a profondément remis en question certaines de mes certitudes françaises. On n’exporte pas un modèle, on ne duplique pas une réussite. On construit à partir de l’histoire, des valeurs et de la réalité sociale du pays où l’on se trouve. Ce qui fonctionne à Clairefontaine ne fonctionne pas nécessairement à Riyad et inversement. L’humilité n’est pas ici une posture morale, c’est une condition d’efficacité.

L’humilité n’est pas ici une posture morale, c’est une condition d’efficacité.


Quelles sont vos ambitions pour les prochaines saisons?

Je suis à un moment de réflexion assez profond, et je l’assume volontiers.

À court terme, je poursuis mon engagement auprès de la Fédération saoudienne, où les chantiers de la formation des entraîneurs et de l’installation d’un dispositif de performance reste immense et passionnant.

En parallèle, je réfléchis à un projet plus personnel, qui me permettra à terme d’intervenir plus librement auprès de fédérations, de clubs et de dirigeants sur ces questions de développement humain. Mais le projet qui occupe le plus mon temps libre, aujourd’hui, c’est l’écriture de mon premier livre. Ce ne sera pas un livre de souvenirs, ni un essai théorique de plus. Je le conçois comme un livre-outil destiné aux entraîneurs et aux formateurs et aux managers : quelque chose qu’on garde sur son bureau, qu’on ouvre avant une journée de travail, qu’on annote. Il portera sur l’entraînement et la pédagogie, mais abordés par des angles que le football n’a pas encore vraiment explorés c’est à dire la manière dont un environnement conditionne l’apprentissage bien avant que la consigne ne soit donnée, la place de l’intuition dans la décision, ce qui se joue dans les interactions invisibles entre un entraîneur et son groupe. Je n’en dirai pas beaucoup plus à ce stade. Disons simplement que je cherche à mettre entre les mains des praticiens ce que trente ans de terrain et plusieurs années de travail avec des chercheurs m’ont permis de formaliser. Et que si ce livre aide ne serait-ce qu’un entraîneur à mieux faire grandir ceux dont il a la responsabilité, il aura alors atteint son objectif. Never stop growing – ce n’est pas seulement une signature qui incarne ce livre, c’est une discipline.


FAQ

Quel est le rôle actuel de Franck Thivilier ?

Franck Thivilier est Directeur de la Performance de la Fédération saoudienne de football.

Quelle est sa vision de la performance mentale ?

Il considère que l’environnement, le climat relationnel et le récit collectif influencent profondément la performance mentale.

Quel projet personnel prépare-t-il ?

Il prépare un livre-outil destiné aux entraîneurs, aux formateurs et aux managers.

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Edward Chalk
Edward Chalk
CEO of The Agents Week & FIFA licensed football agent.

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