Parcours et rôle au Maroc
Norberto Rodrigues Da Silva est un technicien franco-portugais du football au parcours international, aujourd’hui pleinement engagé dans le développement du football marocain. Cadre technique de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), il dirige le centre de formation du CODM de Meknès (Botola Pro – 1e div.), où il pilote le projet de formation inscrit dans le dispositif fédéral.
Dans ce cadre fédéral reliant les pôles espoirs aux clubs partenaires, il organise la formation des U13 à U21 de CODM et développe les compétences des entraîneurs afin d’unifier les méthodes. Sa mission s’inscrit dans une volonté nationale: développer des joueurs formés localement capables d’intégrer les équipes nationales, encore largement composées de binationaux.
Développer des joueurs formés localement capables d’intégrer les équipes nationales.
Fort de ses expériences au Portugal, en France et au Maroc, Norberto a façonné une approche structurée. Il accorde une importance centrale au comportement, en cherchant à développer des joueurs réactifs, disciplinés et performants dans toutes les phases du jeu. Sa méthodologie repose sur une organisation précise, chaque séance, semaine ou cycle étant construit autour d’un principe unique pour favoriser une progression cohérente. Enfin, il mise sur le potentiel naturel des jeunes marocains, qu’il s’emploie à transformer en compétence professionnelle grâce à un cadre de formation structuré et exigeant.
Ancien Directeur Technique du SC Braga, passé également par Benfica et formateur d’entraîneurs UEFA A à la FFF,, il a développé une expertise solide dans la gestion de projets de formation, l’analyse du jeu et l’accompagnement des coachs. Il maîtrise également les nuances entre cultures footballistiques: au Portugal, la formation privilégie le collectif et l’identité de jeu; en France, elle met davantage l’accent sur l’individu, la performance athlétique, parfois au détriment de la dimension tactique.
Installé au Maroc, Da Silva souhaite poursuivre la structuration du centre du CODM de Meknès et reste ouvert à de futurs projets sur d’autres continents afin d’enrichir continuellement sa vision du football.
Chaque séance, semaine ou cycle étant construit autour d’un principe unique pour favoriser une progression cohérente.
Notre Interview exclusive
Vous faites partie du cadre technique de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) en tant que directeur du centre de formation du CODM. En quoi consiste précisément ce rôle et quelles sont vos principales missions ?
Je suis cadre technique à la Fédération et détaché en tant que directeur du centre de formation du CODM de Meknès. Dans le système marocain, nous avons plusieurs missions: travailler avec les centres, les pôles espoirs, les structures fédérales, et accompagner les clubs auxquels nous sommes assignés. Au CODM, nous encadrons les U13 à U21, soit environ 140 joueurs, avec un staff composé de deux préparateurs physiques, deux analystes vidéo et deux entraîneurs des gardiens. L’objectif est clair: sortir des jeunes pour les équipes nationales et former les coaches afin de structurer durablement le club et le football local.
Quels sont les objectifs prioritaires fixés par la Fédération en matière de formation des entraîneurs et des jeunes joueurs ?
Nous mettons surtout l’accent sur le développement individuel du jeune joueur. Aujourd’hui, les sélections nationales de jeunes sont composées en grande partie de binationaux formés à l’étranger, donc l’un des objectifs prioritaires est de former davantage de joueurs ici au Maroc, pour qu’ils puissent intégrer les équipes nationales dès les catégories inférieures.
Après la victoire récente du Maroc en Coupe du Monde u20, quelles mesures mises en place par la FRMF ont eu un impact sur ce succès ?
Le niveau d’exigence et d’ambition a clairement augmenté. Ce n’est pas courant de voir une équipe africaine remporter une Coupe du Monde U20; cela crée une pression positive et renforce l’idée de performer dans toutes les catégories. Il faut aussi souligner que, même avant ce titre, le Maroc avait déjà beaucoup investi dans les structures techniques et humaines. Aujourd’hui, on ressent pleinement les effets de ces efforts: une dynamique forte, de l’engagement et une vraie volonté collective de progresser.
Vous avez coaché en France et au Portugal. Quelles différences majeures observez-vous dans la formation des jeunes ?
Au Portugal, on travaille avant tout sur le collectif, l’identité du club et la culture de jeu, tout en développant l’individu.
En France, l’accent est davantage mis sur l’individualité, avec l’objectif de faire émerger des talents. L’identité collective y est parfois moins affirmée.
Cela se ressent dans les comportements: les joueurs portugais sont généralement plus malléables et s’intègrent facilement au collectif ; les joueurs français, formés avec un focus individuel, peuvent être un peu moins altruistes. Cela peut rendre la gestion de groupe plus délicate. C’est ce que j’ai observé dans mes expériences.
En tant que Directeur Technique du SC Braga, quelle était votre philosophie de formation et comment l’appliquez-vous ?
Comme ici, je donnais une importance essentielle au comportement et à l’attitude du joueur.
Je m’intéresse autant à ce qu’il fait avec ballon qu’à ce qu’il fait sans ballon, notamment dans les phases de transition. Je suis très attentif à ces détails.
Avant chaque séance, les entraîneurs doivent définir une seule consigne claire: un principe par séance, par semaine ou par cycle, avec différentes variantes pour renforcer l’apprentissage. Je ne me limite pas au volet technique: j’observe la réaction du joueur lorsqu’il perd la balle. Se replace-t-il? Montre-t-il de l’agacement? On veut éviter les comportements “parasites”.. Mon objectif est d’éliminer ces attitudes pour le rendre plus compétitif. Le haut niveau ne laisse aucune marge: il exige une réaction immédiate. C’est un point sur lequel j’insiste beaucoup auprès des entraîneurs.
Au Maroc, beaucoup de jeunes ont un talent naturel incroyable, souvent acquis dans le football de rue. Notre rôle est de leur offrir des structures adaptées pour qu’ils puissent intégrer des clubs formateurs et exploiter pleinement ce potentiel.
Vous avez entraîné Portomosense en 3e division portugaise. Que pouvez-vous nous dire sur ce championnat ?
C’était une aventure humaine exceptionnelle, malgré des moyens limités. Il y avait une vraie volonté de progresser, mais certains aspects, ne nous ont pas permis d’aller plus loin.
Beaucoup de joueurs de ce championnat sont de jeunes éléments qui n’ont pas encore franchi le cap professionnel et qui sont prêtés pour avoir du temps de jeu. Le niveau se rapproche du bas de tableau du National ou de la National 2 en France.
En tant que formateur d’entraîneur à la FFF, comment le rôle de l’entraîneur a-t-il évolué ?
On observe une évolution nette: de nouveaux profils arrivent, pas forcément d’anciens joueurs, mais des jeunes motivés qui souhaitent tenter leur chance dans le métier. Beaucoup disposent déjà de bases pédagogiques solides, ce qui est très intéressant pour le football français. Ces profils peuvent ensuite évoluer vers d’autres rôles du sport, analyse vidéo, data, scouting, mais ils recherchent de plus en plus une formation d’entraîneur, car elle leur permet de mieux comprendre le jeu et d’avoir une vision plus globale. C’est une tendance forte, moderne, et très positive pour l’avenir du football.
Vous avez entraîné dans plusieurs clubs d’Île-de-France. Que pensez-vous du vivier francilien et de la rigueur du football français ?
Le vivier parisien est tout simplement exceptionnel. Dans n’importe quel club, à n’importe quel niveau, vous trouverez un bon joueur. Dans l’équipe de la Coupe du Monde U17, j’en ai entraîné 4, 4 en U20. Environ 70 % des joueurs des sélections de jeunes viennent de Paris. Des clubs comme l’ACBB, Montrouge, le Racing, Issy sortent des joueurs chaque année. La saison passé, à Clairefontaine, sur 21 joueurs d’une promotion, cinq viennent du département 92. Cette richesse vient de la mixité culturelle, qui produit des joueurs très forts individuellement. Mais tactiquement, ils sont parfois moins avancés que les jeunes portugais, qui sont baignés très tôt dans la compréhension du jeu.
Quels sont vos projets ou ambitions pour les prochaines années ?
Je me sens très bien ici. Je veux continuer à développer ce centre en y intégrant la méthodologie et celle de la Fédération marocaine. Je pense que ce mélange peut vraiment bien fonctionner. J’aime cette culture et la manière dont on vit le football ici. Plus tard, j’aimerais peut-être découvrir un autre continent. Je souhaite continuer à enrichir mes connaissances au contact de différentes cultures footballistiques. Je connais bien l’Europe, et j’ai des collègues qui sont partis au Moyen-Orient, en Arabie Saoudite, pourquoi pas. Je ne me fixe aucune limite.
